Port-Cros, gros comme une saison - Camping Clair de Lune - Tourisme dans le Var et la Provence

Les Iles d'Or

Au nombre de trois (Port Cros, Le Levant et Porquerolles), les îles d'hyères sont la destination préférée des visiteurs de notre région. Découvrez les à partir du camping, les embarcadères sont à quelques minutes de voiture.

Port-Cros, gros comme une saison

bateaux dans une crique de PorquerollesLe parc cherche à juguler l'affluence touristique dans l'île voisine de Porquerolles. Le voyage vers l'île d'Or débute au parking de la Tour fondue, au bout de la presqu'île de Giens (6 €), puis un petit voyage en bateau (15,70 €), et le paradis est là...

A certains, Porquerolles rappelle les Antilles. L'ennui, c'est qu'on n'y est pas tout seul. A dix minutes de la côte, c'est une escale lointaine très proche, donc tentante.

Un million de visiteurs par an à Porquerolles, la plupart l'été. 220 000 à Port-Cros, mieux contrôlé. On cherche le dépaysement, on se marche sur les pieds et on peste. Selon une étude de fréquentation, «les visiteurs sont gênés par... les visiteurs !" et l'impression de trop-plein est générale en mer. Pas simple, comme équation : ils sont nombreux à vouloir que les autres soient moins.

Plus éloignée (une heure de bateau), Port-Cros est plus tranquille, surtout parce qu'elle est parc national depuis 1963. Règles plus contraignantes. Les Porquerollais n'en ont pas voulu. Mais l'Etat a fini par y acheter l'essentiel des terres, et le parc les gère. Ses agents patrouillent aussi en mer. Problème : si, à Port-Cros, ils peuvent intervenir, à Porquerolles, ils ne peuvent que se désoler. Informer, avec doigté. Eventuellement dénoncer. Mais pas réprimer. Pourtant, il y a des choses à faire. Rien que mercredi, on a vu deux jet-skis en délire, et un chasseur sous-marin illégal.

Navette ferry A Porquerolles, on comprend, par son absence, l'utilité d'un parc national. Au pire du mois d'août, on a compté 7 000 personnes à terre, et autant en mer, soit quarante fois la population de l'île (350 habitants). On vient jouer les Robinson et on se retrouve avec plein de Vendredi autour de soi, décrit un agent du parc. Idem sur l'eau : le 18 août 2002, il y avait 1 712 bateaux au mouillage. Le parking marin est joli, mais ça reste un parking. Effets négatifs : encombrement, pollution des fonds et des eaux, dégradation des herbiers de posidonie par les ancres. Le pire reste les gros bateaux de croisière. «Quand ils partent, c'est labouré sur un mètre de profondeur», indique Thierry Houard, agent du parc.

«De ces journées folles, beaucoup repartent avec une image négative», reconnaît l'ex-directeur du parc, Emmanuel Lopez, désormais à la tête du Conservatoire du littoral. Si Porquerolles était parc national, ça pourrait se réguler, comme à Port-Cros. «Là, on arrive à contenir, à coups de réglementations», se réjouit Hervé Bergère, chef de secteur du parc à Port-Cros. Depuis 2003, le parc a demandé aux compagnies de transport de ne pas déverser plus de 5 000 personnes par jour sur l'île, et 1 500 à Port-Cros. Mais quel est le seuil acceptable ? «Il n'y a pas de définition scientifique», rappelle Emmanuel Lopez. Il évoque un «équilibre écologico-politique» à trouver entre la préservation du milieu et l'accueil du public, mission essentielle des parcs «conçus dans les années 60 comme le "jardin des Français"» : un parc doit accueillir le public, pas le faire fuir.

île de Port-CrosSans cet équilibre, Porquerolles tuera son fonds de commerce. «Réguler la fréquentation fait l'unanimité, y compris chez les commerçants et les armateurs», indique Jean-Baptiste Milcamps, directeur du parc par intérim. Le problème n'est pas la gestion de la nature, mais celle des hommes. Les uns veulent consommer du loisir, les autres en produire. Selon une étude de 1999, le parc génère plus de 100 millions d'euros de chiffre d'affaires par an, 5 % de l'économie touristique varoise. Alors, sur Porquerolles, «il n'y a pas trop de monde, c'est la répartition dans le temps qui n'est pas bonne», assure Georges Keller, adjoint au maire d'Hyères. Pas question d'être au coeur du parc : «Les contraintes sont trop fortes, affirme-t-il. Les 350 Porquerollais veulent pouvoir développer leurs activités sans limitation.»

Pourtant, ils «ont tort de se méfier», estime Thierry Houard, agent du parc : «Cela leur donnerait un label supplémentaire.» Une discussion est en cours avec les usagers pour fixer quelques règles dans le cadre de la directive européenne Natura 2000. Il faudra réduire les mouillages. «On a bien avancé sur la concertation mais on bloque sur la concrétisation juridique», indique Alain Barcelo, du parc. Les plaisanciers râlent déjà : «Qu'on ne nous mette pas des bouées partout pour interdire ! prévient un Marseillais, sur son voilier. Un endroit magnifique, si on ne peut plus s'y arrêter, ça ne sert à rien.»

Pas de station d'épuration. Et que dire du port ? Il sert d'hôtel tout l'été. A 600 bateaux, ça fait quelques milliers de personnes, «une petite ville sans station d'épuration, note le directeur du parc, puis l'on retrouve des déchets humains et fécaux sur la plage». Pour l'ex-directeur, il y a «des problèmes de salubrité publique». A partir de 2007, seuls les bateaux propres (avec citerne de rétention) seront acceptés au mouillage des plages les plus fréquentées. Mais comment appliquer cette règle ? Selon Hervé Bergère, chef de secteur à Port-Cros: «Seulement 1 % de la flotte française est équipée. A l'étranger, c'est l'inverse.» Et surtout personne ne surveille vraiment, en mer. «Aucune autorité n'a de moyens suffisants, déplore l'adjoint Georges Keller. Les Affaires maritimes ne viennent que très rarement. La police municipale a deux bateaux qui patrouillent, c'est insuffisant. Et les agents du parc n'ont pas de pouvoir.»

Président du parc, rapporteur du projet de loi discuté en novembre, le député du Var Jean-Pierre Giran (UMP) assure : «Ça prendra du temps pour que les choses évoluent. Le problème n'est pas d'interdire mais de maîtriser.» Son credo : «Un parc ne peut pas être un joyau dans une poubelle.» Sous-entendu : Port-Cros est préservé ; autour, il faut faire quelque chose.

Michel HENRY, samedi 30 juillet 2005 (Liberation)

(1) «Etude de fréquentation touristique des îles de Port-Cros et de Porquerolles», juin 2003, Louis Brigand, Dorothée Rethiere, Gérard Richez, Parc national et CNRS-Geomer (Rennes).

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